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ART | exposition Ecritures de Lumière, 31 mai - 29 juillet 2012
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MULTIMEDIA | ASSISES EDUCPOPTIC 2.0, 22 mai 2012, journée en Charente-maritime, Palais des congrés de Rochefort
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Arnaud Stinès / Catherine, tu as choisi de mener un ensemble de performances et une exposition avec Rurart, un centre d’art au milieu des champs, sur le site d’un lycée agricole. Si Rurart est un bel exemple de décentralisation culturelle, il ne suffit pas pour autant d’être implanté quelque part pour qu’il y ait une interaction forte avec le territoire où l’on se situe. Aussi, la proposition qui t’a été faite de travailler avec nous sur le pays mélusin, où nous nous trouvons, est une manière de considérer que l’art doit s’emparer du quotidien, en dehors de la salle d’exposition.

Catherine Baÿ / Les campagnes autour de Rurart ressemblent à beaucoup de campagnes en France. Ce qui est important, c’est de créer des occasions de communiquer, de parler. L’idée de mon intervention dans cette communauté de communes du pays mélusin, c’est de faire une sorte de portrait d’un territoire à partir de la rumeur qui va circuler sur les comédiennes déguisées en Blanche-Neige avec qui je travaille. Blanche-Neige va servir en quelque sorte de miroir sur le rapport que les habitants de ce territoire peuvent avoir à une figure extérieure, à l’altérité, à ce qui est étranger. Blanche-Neige est une figure universelle, symbole d’une société du spectacle si loin et si proche. Mais comment ce personnage de conte de fée va-t-il être interprété lorsqu’il s’invite en plusieurs exemplaires dans le quotidien, dédoublé, comment les habitants vont ils se le réapproprier en le croisant ponctuellement du regard dans les villages ou le long des routes empruntées pour aller travailler ?
J’ai mis en place quelque chose qui peut, via une rumeur, permettre la rencontre. Par l’apparition de Blanche-Neige, je vais essayer de créer un lien entre ces villages qui, certes, font partie d’une communauté de communes, mais ne forment pas pour autant un ensemble fondé sur une histoire commune ou entretiendraient des rapports les uns avec les autres.

 

AS / Ton intervention en pays mélusin repose donc sur la circulation de la parole, de la manière dont les habitants s’approprieront ces Blanche-Neige tombées du ciel comme autant de fées Mélusine post-moderne, des spéculations liées à l’incongruité de leur présence.

CB / En fait toute cette histoire de travail sur la rumeur est partie d’un road-movie que j’ai tourné en Bourgogne il ya quelques temps. Des Blanche-Neige traversaient les champs et les chemins. On ne savait pas si elles envahissaient la campagne ou si elles désertaient on ne sait quoi, si elles étaient en fuite d’on ne sait où. En quelques jours, et malgré nos tentatives pour ne pas trop nous faire remarquer, les Blanche-Neige étaient devenues LE sujet de conversation des gens du coin, un sujet dont on parlait encore un an plus tard…
La trace dans le temps du passage des Blanche-Neige est intéressante, elle dresse une sorte de cartographie du territoire et elle échappe à l’artiste. C’est peut-être la démarche la plus généreuse vis-à-vis du lieu, que les gens en profitent et délient leurs langues… Dans cette optique, je m’intéresse finalement plus aux campagnes d’affichage sauvage que nous avons prévues, à l’image de ces Blanche-Neige un peu délavées qui resteront là comme une trace de leur présence qu’à l’exposition proprement dite. Nous avons d’ailleurs du mal aujourd’hui à nous représenter l’exposition, l’important pour moi étant ce qui va se passer sur le territoire.

 

AS / Les images de Blanche-Neige auxquelles on aura accès autour de Rurart seront les mêmes que celles que les habitants de Moscou, de New York ou d’ailleurs auront pu percevoir. Je trouve assez saisissant dans ton travail cette articulation entre une forme d’histoire universelle, de culture des mass medias qui n’est pas propre à un territoire, à une époque, à un pays, et le portrait en creux d’une culture locale que tu peux dresser par tes interventions. En proposant à tout un chacun d’habiter, sur son territoire, cette Blanche-Neige là, c’est paradoxalement sa propre culture qu’il habite, par le miroir que lui renvoie cette figure populaire standardisée. Or aujourd’hui, un territoire rural est-il habité par une culture qui lui est propre, comme le voudrait l’image d’Epinal d’une campagne éternelle ? Beaucoup de villages sont des villages dortoirs, habités par des populations qui sont venues s’y installer pas forcément par choix de la campagne mais parce qu’économiquement c’est parfois compliqué de vivre en ville, même si on y travaille. A l’inverse, les agriculteurs qui vivent depuis des générations sur un même territoire le considèrent-ils encore comme un élément de leur propre culture ou le vivent-ils simplement comme un outil de travail ? Autrement dit, que l’on ait à faire à des néo ruraux ou à des populations rurales ancrées de longue date, la base culturelle commune aujourd’hui est sans doute davantage celle des mass medias qu’issue de l’histoire des territoires. Tes Blanche-Neige mettent les pieds dans le plat, puisque cette culture de masse, elles l’importent au détour d’une place, d’un carrefour, d’un rond-point, d’un supermarché, et elles interrogent du même coup les spécificités de ce petit morceau de terre.

CB / Oui, les Blanche-Neige sont des révélateurs. Elles seront dans les villages, sur les routes, dans les champs, à distance. Elles ne seront pas complètement dans le quotidien. Elles resteront en périphérie pour que l’imaginaire puisse prendre sa place. Le débarquement des Blanche-Neige en hélicoptère, qui va donner le coup d’envoi de l’action, est un peu pensé comme une opération coup de poing, une invasion, presque, puisqu’elles arriveront quand même en armes !

 

AS / Le parallèle peut sembler audacieux, mais ces Blanche-Neige se situent peut-être quelque part dans la lignée de Robert Doisneau, qui a travaillé lui aussi sur ce territoire, a porté un regard sur celui-ci… Doisneau est venu ici dans les années 50. Il avait sympathisé avec des familles, notamment à Saint-Sauvant, et il a photographié les campagnes, les fêtes, les cérémonies, les mariages, il a laissé dans les albums photo des familles un certain nombre d’images. Aujourd’hui, il y a une volonté du village et de la communauté de communes de valoriser ce patrimoine-là. Alors, bien sûr, un centre d’art n’a pas de fonction patrimoniale, néanmoins je pense que s’appuyer sur cette histoire-là pour proposer à un artiste aujourd’hui de lire ces paysages, ce territoire comme Doisneau a pu le faire il y a soixante ans, mais avec d’autres outils, d’autres enjeux, d’autres questions, d’autres manières de faire, cela constitue un pont artistique qui pourrait se résumer ainsi : quelle vision peut avoir un artiste aujourd’hui d’une campagne française, sans tomber dans la pensée nostalgique du « c’était mieux avant » ? L’enjeu est là, dans la mise en oeuvre d’un processus artistique qui investit un territoire.

CB / Tout à fait, c’est précisément cela qui conditionne mon travail. Je suis venue à la performance parce que le fait de « tourner » un spectacle en tant qu’objet fini ne m’intéressait pas vraiment, pas plus que je ne me sens artiste plasticienne qui fait des expositions comme un fin en soi. J’essaye de mettre en place des possibilités de dialogue, en regardant un pays, en regardant comment les gens vivent. C’est une aventure, en fait.

 

Catherine Baÿ, Rumeur

10 juin - 01 août 2010, entrée libre tjl 10h-12h _14h18h, sauf samedi et jours fériés
- Dimanche 15h-18h -



-Rurart-
D150, lycée Poitiers-venours 86480 Rouillé
(t)05 49 43 62 59-(f)05 49 89 31 54-info@rurart.org
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