Jour 1. D’un rouge cardinal, les murs absorbent la lumière. L’espace semble confiné par cet épais velours organique. En surface des plaques circulaires se développent de manière irrégulière, sorte d’eczéma géant d’un mur habité par la vie. Si la sensation visuelle prête à confusion - l’ensemble peut s’apparenter à un enduit à la chaux, à l’ancienne -, l’odeur ne trompe pas. Âcre, sûre. Un volume considérable de concentré de tomates tapisse les murs. Au sol, des agencements circulaires rappellent l’organisation des jardins à la française et guident les pas du spectateur qui parcourt leur douce symétrie.(...) Plus loin, un peu à l’écart, une vidéo habite une pièce sombre et immerge le visiteur dans un décor luxuriant aux accents tropicaux.
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Jour 10. Le concentré de tomates pourrit sur les murs.
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Jour 20. Certains murs commencent à peler. L’odeur d’humus enrobe l’espace. Elle recouvre le parfum d’acidité dû aux tomates, presque irritant pour les muqueuses. Les pourrissements se succèdent, dans les odeurs aussi. D’ici quelques jours, les champignons les plus récents auront séché à leur tour et seront tombés en poussière sur le sol. Puis de nouveaux champignons auront poussé. Dans la pièce à côté, la vidéo tourne toujours en boucle. On y voit (...) Un nouveau cycle de la vie, à toutes les échelles de représentation. (...)

Les œuvres de Michel Blazy se déploient autant dans l’espace que dans le temps. Organiques, elles murissent lentement. Jour après jour, elles évoluent. Elles vivent, elles meurent, elles pourrissent, se dessèchent, puis elles entament un nouveau cycle, sans se préoccuper de ce que l’hygiène domestique est prête à recevoir. Peu importe, car au-delà de la performance esthétique, Michel Blazy fait œuvre de la condition humaine.

 

Arnaud Stinès
Extraits du catalogue d'exposition MICHEL BLAZY ex croissance, Rurart (2010).