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ART | exposition


 

En 1988, Edmond Couchot et Michel Bret, en collaboration avec Marie-Hélène Tramus, réalisaient une des premières œuvres numériques interactives, Je sème à tout vent, renommée un peu plus tard Pissenlit puis, en 2005, Pissenlits. L’œuvre fait directement référence au logo des éditions Larousse, qui représente depuis 1876 une semeuse soufflant une fleur de pissenlit afin d’en disperser les ombelles, chacune contenant en elle une nouvelle fleur prête à s’épanouir, symbolisant l’émancipation de l’homme par l’accès à la connaissance. En revendiquant cette paternité encyclopédique, Edmond Couchot et Michel Bret se sont en quelque sorte situés à la charnière entre une culture analogique et la révolution numérique qui s’annonçait alors tout juste. Si l’on prolonge la référence à L’Encyclopédie – littéralement « le cercle des connaissances »-, on remarquera que la première édition de Diderot se présentait en 1752 comme le « dictionnaire raisonné des arts, des sciences et des métiers ». C’est cette articulation entre arts et sciences qui est au cœur de la collaboration entre Michel Bret et Edmond Couchot, cofondateurs de la formation Arts et Technologie de l’Image à Paris VIII, mathématiciens, informaticiens, artistes.

Pissenlits est une œuvre qui réagit au souffle des spectateurs. Le souffle, l’air essentiel à la vie, anime ici un dispositif numérique inerte par nature et produit ainsi une vie artificielle. On ne compte plus les artistes qui, depuis, ont investi avec plus ou moins de bonheur le champ de l’interactivité par le développement d’œuvres à la technologie complexe, héritières de ces Pissenlits précurseurs. Le champ d’exploration est large, mouvant, passionnant, il rebondit au gré des progrès technologiques mais il garde le paradigme de la relation du corps à la machine comme composante essentielle des œuvres. Ce n’est pas un hasard si le sujet formel de l’œuvre interactive d’Edmond Couchot et Michel Bret est un végétal commun, déjà utilisé pour représenter l’essaimage des connaissances. Visionnaires, ils questionnent dès les fondements de l’interactivité numérique dans l’art l’articulation entre les technologies informatiques et la réalité organique en proposant une forme de vie artificielle qui respire par le souffle du spectateur.


Raffaella Spagna et Andrea Caretto construisent une œuvre qui interroge elle aussi avec pertinence le champ du vivant au siècle des sciences et techniques. Si leur travail trouve ses racines esthétiques davantage dans l’arte povera que dans les arts numériques, les questions qu’il soulève font écho aux Pissenlits de Bret et Couchot. Leur œuvre s’appuie sur la science et le langage pour envisager la relation de l’homme à son environnement. C’est la transformation de biens naturels en produits culturels qui nourrit le questionnement des deux artistes italiens : la problématique investit l’histoire de la sédentarisation, la production de fruits et légumes pour la grande distribution – les artistes s’évertuant alors à réactiver la germination de végétaux en tête de gondole en vue de les réintroduire dans le cycle naturel -, les biotechnologies. Le geste artistique est souvent scientifique. Il repose sur une bonne maîtrise des technologies végétales et consiste souvent en un acte culturel de mise en évidence de l’état de nature des éléments naturels produits à des fins culturelles – pour le commerce ou l’agriculture, par exemple. On cerne l’aller-retour ironique entre nature et culture et le paradoxe mis en évidence par le travail des artistes : les éléments naturels voient leur qualité première modifiée par leur inclusion dans le circuit économique. L’intervention artistique et les connaissances scientifiques qui, chez Rousseau, s’opposent à la nature en tant que culture, permettent donc le retour à l’état de nature de ces éléments naturels.

Pour autant, Spagna et Caretto ne sont pas des rousseauistes nostalgiques d’un monde ou tout est nature, jardin d’Eden non corrompu par l’activité humaine. Leur œuvre vise avant tout à interroger le statut du vivant et le cycle de la vie. En réanimant des légumes (Esculenta) ou en produisant un écosystème qui repose sur l’équilibre des fluides et la complémentarité des variétés végétales (Food Islands), ils questionnent méthodiquement les processus de domestication des éléments naturels par l’homme.


Du cycle des connaissances au cycle de la vie, l’exposition O met ainsi en dialogue les Pissenlits d’Edmond Couchot et Michel Bret et la commande de création réalisée pour Rurart par Andrea Caretto et Raffaella Spagna. Le spectateur est invité à appréhender la perception de l’évolution du vivant au regard de l’évolution du monde contemporain : si les années 90 ont vu émerger un nouveau cycle, celui des univers numériques, les années à venir pourraient questionner le monde organique et ses enjeux scientifiques, économiques, éthiques. O est le fruit de cette double paternité des sciences et de la nature, où l’approche technique dispute la prédominance à la tentation naturaliste. O est à la fois le symbole chimique de l’oxygène, souffle nécessaire à donner vie aux Pissenlits numériques et dont l’homophonie rappelle l’eau nécessaire aux installations hydrauliques et végétales de Raffaella Spagna et Andrea Caretto. 0, c’est aussi le signe binaire qui, combiné au 1, a permis la genèse numérique.

De Diderot à Rousseau, du cycle des connaissances au cycle de la vie, O et les expositions futures proposées par Rurart invitent à interroger le statut du vivant en ce début de vingt-et-unième siècle.

Commissariat d'exposition : A. Stinès

 

 


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