OUTRE-VIVANT
(extrait du catalogue)
Martin uit den Bogaard observe l’évolution post mortem des organismes vivants. Il garde dans des cubes de verre étanches des animaux longtemps après leur mort. Il convertit en signaux sonores et lumineux les microvolts issus de la décomposition des tissus. Il observe le processus d’électrolyse sur des cadavres de mammifères. Rurart organise la première exposition en France de cet artiste, qui fait de la mort non seulement un acte de création, mais aussi la matière même de son œuvre.
A Anvers, l’atelier de Martin uit den Bogaard se situe dans une ancienne usine de torréfaction, dans un quartier non loin du centre ville. De la rue, une lourde porte de bois donne accès à un porche puis à une petite cour pavée, bordée de lierre. Là, au sol, deux caissons de verre d’une cinquantaine de centimètres de long. L’un abrite une végétation plutôt dense. L’autre laisse apparaître une vague trace blanchâtre sur la terre brune. Ils longent l’une des ailes d’un bâtiment, derrière la vitre duquel est affichée la photographie d’un lapin, mort. Très blanc, son pelage est intact. Aucune trace de sang, aucune souillure ne vient arrêter le regard. Simplement la photographie d’un lapin immaculé, couchée sur une bande de terre. A l’intérieur d’un des caissons de verre a été placée la dépouille de l’animal, préservée du sol par une plaque en acier sur laquelle a été répandue un peu de terre. Avec le temps il ne reste plus que cette mince trace blanchâtre. Dans l’autre caisson, le cadavre d’un autre lapin a été posé à même le sol et la végétation a envahi tout l’espace disponible. Martin uit den Bogaard explique qu’il s’agit là d’une recherche qu’il a entreprise voilà quelques années, curieux d’observer le processus de décomposition dans des milieux différents.
Passée cette cour, l’atelier. Plusieurs salles aux murs de pierre peints à la chaux blanche. Volumineux, l’espace rassemble du matériel médical, scientifique, des planches d’anatomie, des flacons et des bocaux, des écorchés de salles de classe, des œuvres stockées ici ou là, des expériences en cours. Le travail de Martin uit den Bogaard est à lire à l’épreuve du temps. Juste à l’entrée, sur le mur de droite, deux IRM encapsulées dans un caisson lumineux. C’est un autoportrait, explique-t-il...
Arnaud Stinès