
Chicken bench
2007, Jeu vidéoLe jeu vidéo où
des poulets doivent s'attaquer aux ressources d'un ordinateur.
La déréalisation
ironique de l’ordinateur conçue par Kolkoz trouve écho
chez Martin Le Chevallier, qui réalise un jeu vidéo,
le Chicken Bench, ayant pour finalité de tester
les limites physiques du Kolkoz Computer : des poulets
numériques attaqueront les ressources de la Machine. Le Kolkoz
Computer, atteint en sa volonté de toute puissance,
portera en son sein un seul logiciel, dont l’unique finalité
consistera en la démonstration des limites de ses performances.
En préparant l’exposition Playtime et sa collaboration
avec Kolkoz, Martin Le Chevallier leur a envoyé ce mail :
"objet : nos armes ! Voici donc comment nous entendons ébranler
votre moloch : les comportements erratiques, les tentatives d’évitement,
les heurts et les petits affolements des gallinacés causeront
de sérieux dommages à votre CPU. Leurs courbes subtiles,
constituées d’innombrables polygones, submergeront
le processeur central de votre carte graphique. Les matières
procédurales garnissant leur épiderme paralyseront
votre CPU… et pour finir une multitude de craquettements,
de gloussements et de picorements porteront l’estocade en
terrassant votre carte son ! Votre créature ne s’en
remettra pas !"

Chicken bench
2007, Jeu vidéoAvec cette œuvre ironique, Martin Le Chevallier pointe un des travers du jeu vidéo -et de son industrie- dont le système d'exploitation demande toujours plus de puissance à la machine qui le supporte. En s'attaquant à une machine dont la puissance est la raison d'être, il s'amuse à décliner l'absurdité de la proposition artistique que Kolkoz met en évidence pour un ordinateur : la matérialité est une fin en soi, en toute abstraction du contenu.

Doro bibloc
2003, serveur vocal téléphonique.Doro Bibloc est un serveur téléphonique qui use de
tous les subterfuges du télémarketing pour inciter
à acquérir une œuvre d'art.
À l'heure où le télémarketing
a supplanté le porte à porte dans son entreprise d’irruption
dans la vie privée, les serveurs vocaux interactifs font
peu à peu disparaître le contact humain de nos propres
démarches téléphoniques.
En conjuguant ces deux phénomènes,
Doro Bibloc propose de se réconcilier avec la condition
de consommateur. Ce téléphone, d’une voix à
la fois suave et enjouée, aide le visiteur à assumer
sa compulsion d’achat, à mieux vivre son surendettement
et à participer au retour de la croissance.
Sur un mode ironique, Martin Le Chevallier
fait subir au spectateur la tyrannie du serveur vocal Doro Bibloc,
le renvoyant à sa position d'acheteur compulsif.

Vigilance 1.0
2001, dispositif intéractif
(c) Martin Le Chevallier
Vigilance 1.0 est un jeu de
vidéosurveillance.
En réactualisant le thème de Big Brother, le jeu
de vidéosurveillance Vigilance 1.0 propose aux joueurs
de dénoncer des délits dans le seul but de faire augmenter
leur score.
L'utilisateur est face à une série d'écrans
qui lui permettent de surveiller simultanément de nombreux
lieux : rues, supermarchés, parkings, boutiques, immeubles,
écoles, etc. Son objectif est la délation. Il doit
déceler un maximum d'infractions : cambriolages, vols, transgressions
du code de la route, abandon de détritus, deal de drogue,
racolage, proxénétisme, alcoolisme sur la voie publique,
etc. À chaque flagrant délit, le score augmente, à
chaque diffamation, il baisse. Le joueur est garant de la bonne
moralité de la ville à qui une mission de contrôle
est confiée.
Empêché d'exercer son esprit critique par l'appât
du score, le joueur se trouve confronté à un paradoxe
: il continue à se comporter en justicier implacable tout
en comprenant peu à peu que jouer le jeu, c'est jouer contre
le discours du jeu. Cette dénonciation généralisée,
sous couvert d’une esthétique simpliste, aboutit à
une critique de la société de contrôle et place
finalement le joueur en position de se dénoncer lui-même.
Martin Le Chevallier exploite la banalisation de la surveillance
développée dans les sociétés modernes
comme ces quartiers où les passants surveillés par
des caméras sont interpellés aussitôt qu'ils
jettent un papier, et toutes sortes de délits...
Flirt 1.0
2000, vidéo interactiveFlirt 1.0 est une vidéo interactive construite sur
des extraits de films noirs américains des années
quarante et cinquante, qui retrace les stéréotypes
de la rencontre amoureuse.
En choisissant parmi une liste de verbes qui
le renvoient à des séquences de quelques secondes
proposant une situation conventionnelle (claque, baiser, rupture,
coup de foudre…), le joueur est invité à construire
son récit amoureux.
Alors que l'utilisateur à l'impression
de faire son cinéma et s'identifie aux héros successifs
sans distinction aucune, les choix qui lui sont proposés
le conduisent immanquablement là où il devait aller,
ne lui laissant aucune initiative personnelle.
Plus qu’un jeu de parcours multiples,
cette œuvre propose une réflexion sur notre consommation
abusive de l'image et le danger que constitue une identification
trop importante à leur égard. Martin Le Chevallier
met en évidence les paradigmes des comportements humains
calqués sur les clichés hollywoodiens.
Gageure 1.0
1999, jeu interactifTantôt acteur de jeux aussi aliénants que le travail
et la communication, tantôt ballotté par un employeur
insondable, l’utilisateur de Gageure 1.0 est pris
à l’intérieur d’un parcours labyrinthique
retraçant toutes les techniques déployées par
les services des ressources humaines.
Le candidat devient un objet au service de
la machine, qui détermine son parcours dans le jeu quels
que soient les choix effectués. À la standardisation
des compétences et des profils proposés, correspond
une standardisation du salarié qui doit se conformer aux
besoins de l’entreprise. L’employeur anonyme, à
la fois imprévisible et inflexible, nie toute singularité
et objectivise toute participation du salarié en le perdant
dans les travers du langage hypertexte.
Gageure 1.0 offre une lecture non
linéaire et propose des entrées multiples ayant en
commun une certaine conception du management d'entreprise. Le rythme
de ce logiciel interdit toute passivité face à l'écran
et endort la vigilance du candidat qui absorbe la promesse d’épanouissement
au travail citée en début de jeu.
Les couleurs élémentaires
de la vidéo, les quelques pixels en guise de typographie,
renforcent la dimension hypnotique des propos laconiques qui prennent
place au centre d'écrans uniformes. À travers ce discours
managerial, propre à la logique capitaliste rationalisée,
Martin Le Chevallier critique violemment la conformation aux standards
de la réussite professionnelle.
[Liens]
>Le site de l'artiste :www.martinlechevallier.net
> Le site ludart.net Martin
Le Chevallier