LE RYTHME DU BIPEDE COMME PROCESSUS DE CREATION ET MOTEUR ACTIF D’UN DISPOSITIF

La création d’un dispositif interactif alimenté par les pas d’un être vivant répond en tout premier lieu au désir trivial de souligner l’origine humaine de l’œuvre numérique :

> tout en interprétant une oeuvre multimédia sur des instruments informatiques inventés pour d’autres fonctionnalités, nous, artistes multimédia, souhaitons affirmer notre présence, responsabilité, énergie, subjectivité, essence, substance, corporalité, nature humaine.
> en liant un dispositif multimédia interactif à une expérience de marche à pied, nous souhaitons souligner et raviver la fonction de déplacement vitale pour notre espèce ; la marche est à l’origine de notre survie ; la motricité a conditionné notre physiologie, notre imaginaire, et nos cultures originelles (nomades-pasteurs, chasseurs-cueilleurs).

LA FORCE DE L’INTERPRETATION
DANS LA REALITE DE L’EXPERIENCE

Lionel marche, photographie, enregistre du son et Silva marche avec lui, équipée d’une web cam , saisissant et interprétant la réalité de l’expérience, pas à pas. En prenant la mesure temporelle du corps comme mètre-étalon, (4 km / heure), nous poursuivons les méthodes de réflexion et de création utilisées par des poètes voyageurs tels que, Bashô (Journal de voyage), Flaubert (Par les champs et par les grèves), Rousseau (Les rêveries du promeneur solitaire), Ségalen (Stèles, Peintures, Équipées), Stevenson (Voyages avec un âne dans les Cévennes) , Thoreau (Désobéir)… afin de puiser au sein des “règles de création en marche” patiemment observées par ces auteurs, des structures de relations poétiques avec les promeneurs et avec le paysage.

PERFORMANCE “DEAMBULATOIRE“:
UN ACTE SYMBOLIQUE

Pour chorégraphier l’aspect “spectaculaire” de cette marche “ordi-fringuée”, nous expérimenterons le modèle du “ déambulatoire” : petit schéma narratif qui va d’un point à un autre et fait spectacle en soi-même. C’est une forme théâtrale devenue pratique courante chez les artistes de la rue. Au cirque, à l’origine, le “charivari”, ou la parade, à l’intérieur ou à l’extérieur de la piste et du chapiteau, était la promesse d’un mieux et non une fin en soi.

La parade se déplace hors de l’espace privé, à l’extérieur, par définition, et dans le public.C’est son caractère de communication ritualisée qui retient notre attention comme base d’une performance susceptible de créer un impact symbolique : La parade en effet chez les animaux, est effectuée pour réduire la distance entre les partenaires par l’émission de signaux visuels et sonores.

“Parader”, c’est amener le public à suivre ces rituels symboliques comme une annonce, une valorisation, l’amorce de quelque chose, une évocation , invitation à entrer en marche...

(note d'intention rédigée par les artistes de Gigacircus)