La sélection des artistes est effectuée par un comité de pilotage à partir d’un appel à candidatures à destination des artistes, émis par Rurart auprès des centres d’art, Frac, Drac, écoles d’art, acteurs culturels, associations d’artistes (environ 2500 envois).
Les candidats auront fait parvenir un dossier comprenant un panorama de leurs productions récentes, un curriculum, une note expliquant en quoi ce projet de résidences proposées par Rurart croise les enjeux liés à leur pratique artistique.
Les dossiers ont été examinés le 6 février 2009 par le comité de pilotage composé de représentants de la Drac Poitou-Charentes (conseillère à l’éducation artistique et conseiller arts plastiques), de la région Poitou-Charentes (chargée de mission arts plastiques, chargé de mission culture dans les lycées), de l’enseignement agricole professeurs d’éducation socioculturelle), des animateurs culturels dans les lycées et de Rurart. Le comité de pilotage a sélectionné tous les dossiers répondant aux attentes du cahier des charges des résidences. Parmi les dossiers retenus par le comité de pilotage, chaque lycée participant a ensuite eu tout loisir de choisir l’artiste avec qui il souhaitait travailler.
LES ARTISTES
Céline Ahond - lycée agricole des Sicaudières Bressuire,
Elabore des performances et des installations qui mettent en jeu la représentation de soi, le déguisement, le « jouer à faire semblant pour de vrai ». Elle évoque des pistes de travail avec les jeunes, en lien avec sa pratique et son rapport à l’image. Céline Ahond : « Lorsque l’on regarde des photos de classe sur plusieurs générations, les vêtements et la couleur changent et nous informent sur la contemporanéité. Comment le temps se ressent-il dans l’uniformisation visuelle ? Dans une photo de classe, les corps sont rangés et presque annulés. Les visages restent la marque de notre identité. Quels liens tisser entre une photo de classe et une photo d’identité ? Aujourd’hui, avec internet quelle est la place de l’individu dans son rapport au groupe, au réseau social ? Travailler la photo de classe en l’inscrivant dans l’imagerie populaire et son utilisation dans les arts plastiques ( carte postale, photo de famille) me semble pertinent. » Céline Ahond est diplômée de l’école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg.
Sophie Cabaille - lycée agricole Daniel Mathiron de Thuré,
propose une relecture poétique, rythmique, graphique del’environnement urbain et industriel. Entre un cadre urbain contemporain qui atomise et
dépersonnalise les individus et l’attention aux trajectoires personnelles ou collectives singulières qui s’affranchissent du carcan de la convention, de la norme, l’artiste cherche
à déplacer la perception de l’espace public vers une expérience esthétique. Sophie Cabaille : « La photographie de classe est une figure porteuse de codifications, de
connotations, d’à priori comme le sont dans leurs propres registres les motifs industriels,la ville, les rôles sociaux. Ce projet me paraît donc s’inscrire comme une figure
particulière, une des variations possibles de ma thématique centrale de questionnement des habitus. »
Sophie Cabaille est membre du collectif ETNA, regroupant des artistes investissant le cinéma expérimental.
Miki Nitadori - Lycée P. Branly Châtellereault,
s’appuie sur la photographie pour essayer de connecter espace privé et espace public. Ses travaux sont liés au quotidien et aux questionnements surgissant de
la vie de tous les jours. Son inspiration est nourrie par l’histoire, la sociologie, l’ethnologie, l’actualité, les cultures populaires et, si elle influencée par ses origines
asiatiques, son oeuvre se compose de fragments du quotidien. Les images de MikiNitadori, principalement des portraits, subissent diverses altérations qui tendent à
positionner le sujet dans sa communauté. A la fois expressifs et décoratifs, les assemblages graphiques de l’artiste laissent le spectateur se confronter à un effet de
surface tout en l’amenant à des projections sociologiques et psychologiques en direction du sujet photographié. Miki Nitadori : « Avec Combat, manuel de survie quotidienne,
j’ancre mon travail davantage encore dans l’expérience de chacun, au jour le jour, convaincue qu’il peut parfois être utile de s’aider, de s’inspirer, de s’encourager, de se
réconforter de quelques gestes judicieux pour résister, aller de l’avant, se construire, se préserver… Et qui peut dire que l’adolescence n’est pas un de ces moments critiques où
se construire, partager ce qui soulage et fait sens n’est pas primordial ? La photographie de classe pourrait ainsi être construite et perçue, sur fond de collectif, comme un
assemblage de portraits individuels et d’attitudes où chacun se montre et se démontre comme il est, sachant qu’il demeurera, ainsi fixé, dans les albums de tous. »
Audrey Tabary - Lycée Agricole JM Bouloux Montmorillon,
s’appuie sur l’aspect ludique de la prise de vue pour inciter ses sujets à se prêter au jeu théâtral de la représentation. Acteurs de situations qui leur sont familières, les personnes photographiées par Audrey Tabary se retrouvent dans la situation paradoxale de prendre la pose pour la photographie tout en se souciant peu de l’image qu’elles peuvent renvoyer. Le dispositif tend à libérer le sujet de la représentation qu’il a de lui-même. L’appareil photo et le photographe perdent leur gravité pour se situer sur un terrain commun avec son modèle et révéler ainsi sa singularité. Audrey Tabary : « La photographie de classe est avant tout une évocation du souvenir. Elle permet à l’élève de se reconnaître et de reconnaître ses camarades tels qu’ils étaient l’année de la prise de vue. C’est en quelque sorte une photo d’identité de groupe.
Définition rien de plus classique mais bien révélatrice du pourquoi et du comment des photos de classe : la fixation des visages dans le temps. Et pourtant, si une relation de complicité s’établit entre le photographe et les sujets, le groupe que conforme la classe d’élèves est porteur de bien d’autres éléments évocateurs qui peuvent parfaitement être
mis en valeur lors des prises de vues. C’est le rôle du photographe que de faire ressortir les éléments différenciateurs des sujets photographiés à la recherche de leur singularité. »
Rafaël Trapet - Lycée agricole de L’oisellerie Angoulême,
interroge de manière récurrente les formes de la ville. De son enfance dans les quartiers périphériques de Paris, il a gardé le sentiment confus de la déstructuration de l’espace public, de l’immensité du bâti rapporté à l’échelle de son corps. Dans ce travail qui embrasse la ville, la forme panoramique revient régulièrement.
L’image à 360° ne procède pas de la perspective photographique classique à double point de fuite. Elles ont la prétention vaine de tout montrer d’un espace en essayant de s’affranchir du hors champ et font, par contrecoup, sentir les limites d’une photographie qui résumerait le monde. Rafaël Trapet : « Des séances de photographie de classes
auxquelles je me suis plié au cours de ma scolarité, je n’ai que le souvenir rébarbatif de l’ordonnancement. Les images ont dû rester chez mes parents comme éléments d’indexation. Malgré tout, ces images ont aujourd’hui une seconde vie : numérisées elles circulent sur internet, pour tenter de recréer les communautés d’alors, montrant par là
leur utilité sociale autour de la question Que sommes-nous devenus ? ».
Chantal Vey - Lycée agricole de la mer et du littoral Bourcefranc,
s ‘appuie sur la photographie pour travailler l’idée du portrait comme trace, empreinte, expression de la singularité. Elle cherche à interroger les objets et détails relatifs à l’identité de chacun. Curieuse et attentive aux individus qu’elle photographie et à leur environnement, aux objets qu’ils affectionnent, l’artiste construit minutieusement des images où chaque signe fait sens. Chantal Vey : « La question relative au portrait, et particulièrement à la photographie de classe, s’inscrit tout à fait dans mon champ de recherche artistique. Je voudrais questionner les élèves sur un de leurs souvenirs le plus important, représentatif de leur identité, qu’ils me conteraient et pour lequel ils apporteraient des signes relatifs à celui-ci et qui feraient ensuite l’objet d’une scénographie et d’une photographie de classe. »