Transhumances, l'évaluation
Marche
à pied et création multimédia en réseau
ou le "mulet numérique"
700 km à pied en Poitou-Charentes, ça n’est déjà
pas banal. Si ce parcours est réalisé par des artistes
du multimédia, ça l’est encore moins. Que dire s’ils
sont accompagnés, d’un mulet du Poitou chargé de
matériel image et son numérique, et d’une caravane
transformée en « labo mobile » pour mettre en ligne
au jour le jour les traces des rencontres avec le paysage, l’environnement,
les territoires ruraux et ceux qui les habitent.
Ajouter 12 lycées agricoles, étapes principales sur le
périple et des équipes d’enseignants et d’élèves
qui organisent des activités locales, et vous aurez une petite
idée de ce que fut cette opération appelée «Transhumances».
Evaluation de l'action
Rendre compte de la réalité d’une telle action
n’est pas chose aisée. Les
pages Transhumances font apparaître les traces multiples
que ce périple à laissé sous forme numérique.
Il rend malheureusement, beaucoup moins bien compte, de tous ces moments
festifs, de toutes ces rencontres, de leur chaleur. Il permet mal de
mesurer la vivacité des débats qui se sont noués
à l’occasion du passage des artistes et des initiatives
prises localement par les équipes pédagogiques et les
groupes d’élèves associés. Des créations
locales suscitées par l‘événement seront
poursuivies au delà du temps propre de Transhumances.
L’opération s’est «achevée» le
05 juin par une présentation publique des résultats.
Outre les représentants des principaux partenaires, étaient
présents des délégations des établissements
participants (élèves et enseignants). En réalité,
cette opération ne se termine pas avec l’année scolaire.
Elle constitue un des étages de notre action concernant les usages
des nouvelles technologies dans l’animation et le développement
des territoires.
On peut tirer quelques premiers enseignements :
- Le dispositif était très lourd à gérer.
Toutefois, il a tenu toutes ses promesses. Il a suscité de
nombreuses initiatives, créé de l’agitation et
de l’animation tout au long du parcours. Le mulet a joué
pleinement son rôle symbolique. «Transhumances»
a fait trace sur le territoire.
- les outils collaboratifs à distance ont permis l’existence
même de cette action : Le mail dans toute la phase d’élaboration
- création des documents de communication avec des artistes
résidents pour certains à l’étranger -
travail à distance sur la maquette du site - relations suivies
des groupes dans les lycées (distants de 200 km, pour les plus
éloignés) durant l’année et demie de préparation
de l’opération - suivi au jour le jour de l’avancée
du périple, des productions réalisées par les
uns et les autres – gestion en temps réel des soucis
quotidiens, par exemple liée à l’animal qui résiste
furieusement à une programmation de son existence - etc.
- Il est difficile de mesurer l’impact quantitatif, dans la
mesure ou
- Ceux qui ont été impliqués dans les établissements,
l’ont été à des degrés très
divers. Pour ce qui concerne les élèves, c’est
majoritairement le groupe classe qui a servi de support (des 4ème
au BTS, selon les projets locaux)
- Une partie importante de l’activité s’est
produite en ligne.
Les outils statistiques nous donnent des indications qu’il
faut prendre la peine d’interpréter. Derrière
le concept de « visite » peuvent se cacher les visites
multiples d’un même individu ou les dizaines de visiteurs
cachés derrière l’adresse unique du réseau
d’un établissement.
- Durant un mois et demi, toute une population s’est mobilisée
sur une même thématique, sur son propre projet, mais
aussi sur ce qui se faisait ailleurs.
Les statistiques de fréquentation du site web sont très
éloquentes en la matière (plus de 10 000 visites
sur la période).
- Les actions locales ont été systématiquement
conduites par des équipes pluridisciplinaires en liaison avec
des partenaires locaux.
- Transhumances a été, dans de nombreuses situations
locales, la première rencontre avec le mail, un forum, la visioconférence
… et à plus forte raison, la création numérique.
Transhumances a joué pleinement ce rôle de déclencheur
et de stimulant. La quasi totalité de ces premières
expériences sont annoncées, par leur auteurs, comme
devant être poursuivies.
Toutefois, on doit constater…
- que les rencontres physiques ont plus marqué les esprits
et les mémoires que les rencontres virtuelles.
- que ces dernières revêtent encore un caractère
expérimental et que du chemin reste à parcourir pour
qu’un public de non-spécialistes (celui auquel nous souhaitions
nous adresser) s’approprie les outils, acquière les modes
d’expressions adaptés à ces outils, en tire le
meilleur parti.
- que la question de l’avenir des territoires est complexe.
Les jeunes, auxquels nous nous adressons, émettent volontiers
des points de vue à l’échelle de la planète
et des grandes questions qui mettent en jeu son avenir. Ils ont volontiers
des avis à l’échelle micro locale, là où
ils vivent. Il apparaît plus difficile pour eux de participer
à un débat à l’échelle d’une
région. Les questions, pour intéresser chacun, deviennent
vite trop générales, théoriques, administratives,
et s’éloignent d’eux.
- les méfaits de « la fracture numérique territoriale
».
Une partie importante des données qui ont circulées
était constitué d’images, de sons, de vidéos,
d’objets multimédia. Les efforts de chacun pour essayer
d’en «alléger» le poids numérique,
n’ont pas réussi à compenser les faibles débits
et l’inconfort (voire le découragement) subit par les
nombreux ruraux participants, tenus à l’écart
des hauts débits.
- Que le chemin qui reste à parcourir pour convaincre que
l’espace numérique peut être un lieu d’expression
artistique et de création poétique est encore long.
Telle est d’ailleurs la mission confiée aux «espaces
culture multimédia».
De ce point de vue, «Transhumances» a contribué
à cette tâche en permettant à de nombreuses personnes
de rencontrer la création numérique, à travers
des pratiques locales d’atelier et la fréquentation d’artistes
oeuvrant dans ce domaine.
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