| Fleur
de nombril

« Dans le dernier spectacle (j’ai
pas fermé l’œil de la nuit), je laissais les Vivants
s’éloigner avec leur(s) maison(s) sur le dos vers un
bonheur illusoire. Je les regardais partir donc et s’enferrer
dans une fuite en avant, tentative désespérée
d’échapper à leur mort.
J’ai entendu quelques spécimens habités de belles
folies que j’appellerai douces, par mirages, vers quels rêves
?
Ma folie douce serait de vous dire un spectacle plein de gros mots
tels que , Utopie(s), bonheur ou quêtes.
Utopies sans nostalgie d’un paradis perdu,
Bonheur miscible avec liberté,
Quête à mener ensemble.
Folie douce d’impossibles humains ? »
Dramaturgie provisoire :
Le comédien-conteur
raconte ou interprète (en chantant à l’occasion)
l’existence d’individus qui se mentent à eux-mêmes
et aux autres. Beaucoup sont drôles, risibles, perdus dans leurs
fantasmes ou leurs illusions. On pourrait même rire d’eux
et, à l’occasion, de nous.
Ce même comédien est bientôt accusé par
ses personnages de n’être, lui aussi, qu’un menteur,
un vendeur d’illusions. Le monde qu’il évoque est
un monde faux. Il n’est qu’un petit démiurge d’un
monde qui n’existe même pas et surtout qui ne change rien.
Découragé, secoué, il en douterait presque de
sa propre existence. C’est vous dire ! Apitoyé(e)s, bonnes
âmes ou mu(e)s par on ne sait quelle « générosité
», ce sont les personnages qui vont le remettre sur la voie.
Ensemble, comédien-conteur et personnages s’ébroueront
bras dessus-dessous, vers un drôle de GRAAL…
Notes :
- 1 ce spectacle est écrit
à partir d’un collectage en Berry et en Charentes,
auprès de celles et ceux qui s’arrangent avec la
réalité, réinventent leur vie, en changeant,
transformant, le passé à coups de mensonges, où
l’avenir à force de croyances,
- 2 au sens premier, mentir,
du latin mentis : esprit, intelligence signifie imaginer et aurait
pris le sens de ne pas dire vrai par litote. Chez les grecs déjà,
peu de différence entre imaginer, feindre et mentir,
- 3 certains mensonges enferment
; d’autres redonnent l’élan.
- 4 le rêve vient
théâtraliser nos attentes et nos peurs. Sa puissance
d’envoûtement tient à cette incantation du
désir, plus qu’à la force des images. Nous
sommes tous prêts à nous illusionner, si nous sommes
tout d’un coup persuadés qu’un désir
longtemps porté vient de trouver sa réalisation.
Ce que vient nous montrer le rêve, c’est que pour
saper l’illusion, il faudrait pouvoir mettre fin au jeu
complaisant de l’imagination, à la projection délirante
du désir sous la forme de fantasme. Il est en effet inquiétant
de laisser l’illusion produite par le désir contaminer
la réalité. Si le rêve prend définitivement
le pas sur le réel, n’est-ce pas la porte ouverte
à la folie ?
- 5 « en vérité,
on ne devrait jamais sourire sans précaution des utopies
révolues, ni se moquer trop imprudemment des vulgates passées
de mode. Pour deux raisons au moins :
- d’abord parce qu’elles
incarnaient, en leur temps, une espérance qui ne mérite
pas toujours d’être insultée. (seul celui
que satisfait l’ordre établie prend plaisir à
humilier le rêve).
- ensuite, parce que rien n’est
plus périlleux que le contentement de soi. On a toujours
tort de se croire malin. Surtout après coup. Toute
époque adhère sans le savoir, à ses propres
utopies, l’Idéologie invisible, qu’elle
prend pour des projets raisonnables. Elle y croit. Chaque
génération veut se convaincre qu’elle
en sait plus que la précédente et parle d’une
voix plus forte, alors qu’elle ne fait qu’obéir
à un système de croyances et d’hypothèses
falsifiables au sens où l’entendait Karl Popper.
La critique à posteriori d’une utopie se fonde
donc le plus souvent, mais inconsciemment, sur une utopie
se fonde donc le plus souvent, mais inconsciemment, sur une
utopie nouvelle qui demain, ou après demain, risque
de se révéler pour ce qu’elle était.
Fausse lucidité scientifique tombée de son piédestal,
elle se verra toisée, à son tour, par une nouvelle
vulgate, et justifiable d’une même férocité
prétendument éclairée. Et ainsi de suite,
comme une morne alternance de vanités et d’aveuglements.
Tout dans l’histoire des idées devrait nous inviter
à la modestie » Jean-Claude Guillebaud in la
tyrannie du plaisir.
Distribution
Spectacle conçu et interprété par : Yannick
Jaulin
Accompagné sur scène par : Camille Rocailleux (percussions,
claviers)
Mis au monde avec : Michel Geslin, Titus
Direction d’acteur : Frédéric Faye
Conception lumières : François Austerlitz
Musique : Camille Rocailleux
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