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Fleur de nombril

 

Fleur de Nombril. Yannick Jaulin

 

« Dans le dernier spectacle (j’ai pas fermé l’œil de la nuit), je laissais les Vivants s’éloigner avec leur(s) maison(s) sur le dos vers un bonheur illusoire. Je les regardais partir donc et s’enferrer dans une fuite en avant, tentative désespérée d’échapper à leur mort.
J’ai entendu quelques spécimens habités de belles folies que j’appellerai douces, par mirages, vers quels rêves ?
Ma folie douce serait de vous dire un spectacle plein de gros mots tels que , Utopie(s), bonheur ou quêtes.
Utopies sans nostalgie d’un paradis perdu,
Bonheur miscible avec liberté,
Quête à mener ensemble.
Folie douce d’impossibles humains ? »



Dramaturgie provisoire :
Le comédien-conteur raconte ou interprète (en chantant à l’occasion) l’existence d’individus qui se mentent à eux-mêmes et aux autres. Beaucoup sont drôles, risibles, perdus dans leurs fantasmes ou leurs illusions. On pourrait même rire d’eux et, à l’occasion, de nous.
Ce même comédien est bientôt accusé par ses personnages de n’être, lui aussi, qu’un menteur, un vendeur d’illusions. Le monde qu’il évoque est un monde faux. Il n’est qu’un petit démiurge d’un monde qui n’existe même pas et surtout qui ne change rien. Découragé, secoué, il en douterait presque de sa propre existence. C’est vous dire ! Apitoyé(e)s, bonnes âmes ou mu(e)s par on ne sait quelle « générosité », ce sont les personnages qui vont le remettre sur la voie.
Ensemble, comédien-conteur et personnages s’ébroueront bras dessus-dessous, vers un drôle de GRAAL…

Notes :

  • 1 ce spectacle est écrit à partir d’un collectage en Berry et en Charentes, auprès de celles et ceux qui s’arrangent avec la réalité, réinventent leur vie, en changeant, transformant, le passé à coups de mensonges, où l’avenir à force de croyances,
  • 2 au sens premier, mentir, du latin mentis : esprit, intelligence signifie imaginer et aurait pris le sens de ne pas dire vrai par litote. Chez les grecs déjà, peu de différence entre imaginer, feindre et mentir,
  • 3 certains mensonges enferment ; d’autres redonnent l’élan.
  • 4 le rêve vient théâtraliser nos attentes et nos peurs. Sa puissance d’envoûtement tient à cette incantation du désir, plus qu’à la force des images. Nous sommes tous prêts à nous illusionner, si nous sommes tout d’un coup persuadés qu’un désir longtemps porté vient de trouver sa réalisation. Ce que vient nous montrer le rêve, c’est que pour saper l’illusion, il faudrait pouvoir mettre fin au jeu complaisant de l’imagination, à la projection délirante du désir sous la forme de fantasme. Il est en effet inquiétant de laisser l’illusion produite par le désir contaminer la réalité. Si le rêve prend définitivement le pas sur le réel, n’est-ce pas la porte ouverte à la folie ?
  • 5 « en vérité, on ne devrait jamais sourire sans précaution des utopies révolues, ni se moquer trop imprudemment des vulgates passées de mode. Pour deux raisons au moins :
    • d’abord parce qu’elles incarnaient, en leur temps, une espérance qui ne mérite pas toujours d’être insultée. (seul celui que satisfait l’ordre établie prend plaisir à humilier le rêve).
    • ensuite, parce que rien n’est plus périlleux que le contentement de soi. On a toujours tort de se croire malin. Surtout après coup. Toute époque adhère sans le savoir, à ses propres utopies, l’Idéologie invisible, qu’elle prend pour des projets raisonnables. Elle y croit. Chaque génération veut se convaincre qu’elle en sait plus que la précédente et parle d’une voix plus forte, alors qu’elle ne fait qu’obéir à un système de croyances et d’hypothèses falsifiables au sens où l’entendait Karl Popper. La critique à posteriori d’une utopie se fonde donc le plus souvent, mais inconsciemment, sur une utopie se fonde donc le plus souvent, mais inconsciemment, sur une utopie nouvelle qui demain, ou après demain, risque de se révéler pour ce qu’elle était. Fausse lucidité scientifique tombée de son piédestal, elle se verra toisée, à son tour, par une nouvelle vulgate, et justifiable d’une même férocité prétendument éclairée. Et ainsi de suite, comme une morne alternance de vanités et d’aveuglements. Tout dans l’histoire des idées devrait nous inviter à la modestie » Jean-Claude Guillebaud in la tyrannie du plaisir.

Distribution
Spectacle conçu et interprété par : Yannick Jaulin
Accompagné sur scène par : Camille Rocailleux (percussions, claviers)
Mis au monde avec : Michel Geslin, Titus
Direction d’acteur : Frédéric Faye
Conception lumières : François Austerlitz
Musique : Camille Rocailleux

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