Circuit Bending Rurart 2014-2015

 
CIRCUIT BENDING

Ou l’art de court-circuiter de façon volontaire des dispositifs électroniques (instruments, appareils électroménagers…) fonctionnant sur piles dans le but de leur faire produire des sons imprévus, nouveaux et originaux.
Cette pratique participe à l’émergence de la musique électronique dans les années 50-60 (avec les travaux de synthèse sonore réalisés à cette époque) à partir des expériences que Reed Ghazala mène sur les jeux électroniques émergents et dont une des stars est la « dictée magique » de Texas Instruments (1978). Suivront tous les autres types de jouets connus : radios pour enfants, enregistreurs, magnétophones… qui jusqu’à la fin des années 80 ont une structure et des composants facilement repérables et modifiables. À partir des années 90 avec la miniaturisation générale des dispositifs, le bending sur « les jeux de l’année » devient plus délicat.

Le Circuit-Bending est avant tout une démarche exploratoire, ou l’accident, le glitch est le but recherché et où tout l’art du « bender » est de savoir le conserver pour le reproduire. Cette pratique est à mettre en relation avec l’explosion de la radio amateur, de l’électronique maison. Souvenons-nous d’un garage dans lequel une pomme va émerger et sera amplifiée par une communauté de personnes extrêmement diverses comme des musiciens, des scientifiques, des professeurs : Forrest Mims, Nicholas Collins… qui, par leur pratique, vont contribuer à sa popularisation, l’intégrer dans la pratique des musiciens électroniques qui sont à la recherche d’instruments légers, maniables, peu chers et adaptables  à leurs recherches. Le Circuit-Bending s’enrichira de toutes ces recherches qui vont permettre la création des modules d’effets tels que le LFO, le VCF et l’ATARI PUNK CONSOLE créée par Forrest Mims.

Conjointement, la télévision et quelques artistes populaires rendent accessible au grand public la musique électronique (et le Circuit-Bending) à travers quelques émissions : Dr Who (1963), les Beatles sur l’album Abbey Road utilisent un thérémine, ou encore Led Zeppelin en 1969 pour Whole Lotta Love.
Dans l’histoire de l’art le Circuit-Bending fait référence à l’inattendu, au Surréalisme, à l’accident cher à Françis Bacon. Il n’est qu’une incarnation supplémentaire d’une tradition vieille de plusieurs siècles : le détournement technologique comme moteur pour la création artistique. L’un des plus anciens instruments électroniques connu, le télégraphe musical, a été inventé de façon accidentelle par Elishah Grey en 1876 alors qu’il travaillait sur les transmissions télégraphiques et des artistes tels que John Cage dans les années 50 (Imaginary Landscape #4) ou Nam June Paik dans les années 60 (Electronic Television, etc.) ont montré que dès qu’une technologie est facilement accessible (radio, télévision et plus si affinités), elle peut être et est utilisée par des artistes…
De retour aux années 2000, la vague du « Do It Yourself » des communautés connectées à des problématiques économiques et environnementales (la pratique intègre désormais le recyclage des déchets électroniques D3E, l’upgrading) remettent au goût du jour cette pratique. On peut désormais acheter des jouets « bendés » (http://www.circuitbenders.co.uk/) et surtout s’essayer à en réaliser soit-même, le tout amplifié par le développement d’internet qui permet l’accès à d’innombrables ressources.

Car il n’est pas nécessaire d’avoir des connaissances poussées en électronique pour pratiquer le circuit[age/bending]. … À vos tournevis !