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Un peu d'histoire : le paysage objet

Alors que, jusqu'àla fin du 19e siècle, elle était une affaire d'initiés, une prise en compte collective sur la notion de paysage émerge depuis le début de ce siècle, par la conjonction de phénomènes sociaux et technologiques :

  • des possibilités de déplacement plus rapides ;
  • les épopées coloniales ;
  • l'apparition et la diffusion de la photographie ;
  • le rôle de la presse...

Le paysage était alors l'occasion de décrire et de comprendre le "réel" ainsi que les formes qui le composent mais était restreint dans son sens physionomiste, c'est le "paysage - objet".

 

Le paysage-objets des naturalistes

L'idée de paysage se démocratise ainsi, notamment sous l'influence de naturalistes allemands qui, en privilègiant une approche purement morphologique, se limitentà  la description des formes vitales. On distingue à  cette époque deux principaux courants de pensée :

  • la première, la Landschaftkunde,étudie "l'expression spatiale des structures réalisées dans la nature par le jeu de lois scientifiquement analysables". GRIESBACH s'est attaché, par exemple,à  mettre en place une typologie des formes végétales (1838) ainsi qu'un aperçu global de leurs différents modes d'organisation (1872) ;
  • la seconde, la Kulturlandschaft, se base sur les recherches concernant la perception immédiate des formes sensibles de l'environnement. Héritage de la Gestalttheorie, elle suggère que les formes ont des valeurs qui leur sont propres : une forme est, ainsi, bonne ou mauvaise en soi.

Cette sensibilité particulière vis-à-vis de la végétation dans l'étude du paysage seraà  l'origine d'une science encore très populaire aujourd'hui, l'écologie du paysage. Celle-ci montre qu'il est possible d'associer les assemblages des diverséléments du paysageà  des fonctionsécologiques.

 

Le paysage-objets des pionniers

Devant le besoin d'organiser le développementéconomique de vastes terres mal connues et peu exploitées, plusieurs nations ontétéà  l'origine de nouvelles approches physionomistes du paysage : sur la base de préceptes scientifiques, ilétait nécessaire d'examiner en quoi les contraintes naturelles pouvaient constituer des obstaclesà  la colonisation humaine.

Le paysageétait alors assimilé non-plus seulement aux uniqueséléments végétaux maisà  l'ensemble du Géosystème (qui comprend l'hydrosystème, le relief, le sol, la géologie, le climat...).

De ce constat sont nées différentes approches :

  • L'expérience australienne du Land System
    utilise la méthode dite du C.S.I.R.O (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organization) qui se propose d'établir une classification des possibilités d'exploitation entre les milieuxétudiés (ressources, potentialité, vulnérabilité et accessibilité) et qui correspond, en sommes,à  une estimation économique des coûts.
  • La science du paysage en Russie
    La géographie soviétique a permis, pour la première fois, d'atteindre une conceptualisation en matière de paysage et ainsi d'élaborer des méthodologies. Elle s'est basée sur les travaux de sensibilité naturaliste publiés par DOKOUTCHAEV (la Landschaftovedenie) qui se proposait de démontrer l'organisation du paysage.
  • L'approche agro-écologique canadienne
    inaugurée par P. DANSEREAU (1973), puis relayée par M. PHILIPPS (1985) est, elle, apparentée aux descriptions physionomistes des naturalistes allemands en se basant sur les formes et les types structuraux des couverts végétaux.

Le paysage, compris comme un simple objet d'étude reste encore aujourd'hui le point central de nombreuses recherches. Ainsi en France, une équipe basée à  Bordeaux (M.-F. SLAK et C. VIDAL, de l'ENITA et du SCEES) a initié en 1995 la mise en place d'un outil permettant d'appréhender l'évolution des paysages à  travers l'évolution des objets physiques qui le constituent. Cet indicateur de paysage "TER-UTI" s'appuie sur les données récoltées dans le cadre de l'Enquête d'Utilisation du Territoire menée depuis 1977 et qui inventorie annuellement les occupations par parcellesà  l'échelle de l'ensemble du territoire français.

Cependant, les limites de telles conceptions développées dans le cadre du paysage-objet sontévidentes : le territoire n'est appréhendé que sous son angle purement morphologique, elles adoptent un point de vue réducteur concernant le paysage en évacuant l'homme ainsi que toutes les relations émotionnelles qui le lient à  l'espace.

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